Vous êtes ici : Nos conseils bio » Bien être » Techniques de Bien être » Taï Chi Chuan

Taï Chi Chuan

Par Ann-Charlotte Taudière

Dérivé des arts martiaux traditionnels, le Tai Ji Quan (prononcer taye tchi chouan) est une discipline corporelle d’origine chinoise comportant un ensemble de mouvements continus et circulaires exécutés avec lenteur et précision dans un ordre préétabli.

Le Taï Chi Chua

Le Taï Chi Chuan est une discipline chinoise basée sur des développements lents et en cerclesDérivé des arts martiaux traditionnels, le Tai Ji Quan (prononcer taye tchi chouan) est une discipline corporelle d’origine chinoise comportant un ensemble de mouvements continus et circulaires exécutés avec lenteur et précision dans un ordre préétabli. Il contribue à améliorer la souplesse et à renforcer le système musculosquelettique. Le Tai Ji Quan met également l’accent sur la maîtrise de la respiration et vise à harmoniser le Qi et à maintenir une bonne santé physique, mentale et spirituelle. Par son côté méditatif et l’extrême précision des gestes, le Tai Ji Quan apaise le mental, améliore la concentration, la vivacité d’esprit et la mémoire ; il favorise une meilleure prise de conscience de soi et de son environnement.

Une branche de la médecine chinoise
Pour bien saisir ce qu’est le Tai Ji Quan, il faut savoir qu’il constitue, avec le Qi Gong, une des cinq branches de la Médecine traditionnelle chinoise (MTC) : celle des exercices énergétiques ; les quatre autres sont l’acupuncture, la diététique, la pharmacopée (herbes médicinales) et le massage Tui Na. Il faut donc aborder le Tai Ji Quan dans le contexte plus large de la MTC qui est présentée dans la fiche du même nom. Le Tai Ji Quan est aujourd’hui considéré comme une « gymnastique énergétique globale ». Notons que le Qi Gong se distingue du Tai Ji Quan par ses mouvements plus courts et isolés qui peuvent parfois être exécutés en position couchée, alors que le Tai Ji Quan est essentiellement pratiqué en posture verticale.

Recherche et rédaction : Monique Lalancette.

Une technique de combat secrète

Au cours des siècles, la société chinoise, régulièrement menacée par des guerres frontalières et intérieures, a développé une solide tradition martiale. Le Tai Ji Quan était au départ une technique de combat transmise oralement, de maître à élève, dans le plus grand secret au sein de familles de paysans. Son origine demeure difficile à déterminer, histoire et mythe étant inextricablement liés. Toutefois, plusieurs auteurs accordent à Zhang Sanfeng, un moine chinois ayant vécu au XVIe siècle (ou peut-être au XIIe siècle), d’avoir créé les 13 postures de base du Tai Ji Quan. On dit que Sanfeng se serait inspiré d’un combat entre un oiseau et un serpent pour concevoir les enchaînements. Le serpent aurait triomphé grâce à sa lenteur, sa souplesse et à ses mouvements arrondis qui donnèrent peu d’emprise à son adversaire.

De technique de combat à gymnastique
Au fil des années, la technique du Tai Ji Quan s’est beaucoup simplifiée et adoucie. Bien que certains maîtres aient continué à transmettre les notions martiales traditionnelles (par exemple la connaissance des points vitaux mortels), en 1976 lors de la réouverture des universités en Chine, on a assisté à un changement majeur. Le Tai Ji Quan est alors devenu une discipline accessible à la masse et enseignée dans les programmes d’éducation physique universitaires ; il a perdu en grande partie sa composante énergétique (travail du Qi). Pour sa part, le Qi Gong est intégré aux programmes de médecine. Les deux disciplines ont cependant conservé une visée thérapeutique. De nos jours, des millions de Chinois pratiquent quotidiennement le Tai Ji Quan, en particulier les aînés, mais plusieurs s’y adonnent pour des raisons de développement intérieur, qui vont bien au-delà de l’entraînement physique. Il a été introduit en Amérique au début des années 70.

Ralentir avant tout
Le Tai Ji Quan ne s’apprend pas en deux temps, trois mouvements… Il nécessite persévérance, rigueur et assiduité si l’on veut bénéficier de ses effets positifs. On recommande de s’exercer de 15 à 20 minutes, deux fois par jour. Selon Francine Tellier1, une femme maître de Tai Ji Quan formée en Chine, la difficulté initiale pour les débutants est d’apprendre à ralentir. En effet, c’est l’extrême lenteur d’exécution qui permet de déceler les blocages et de sentir le courant énergétique. De plus, la prise de conscience du transfert, lent et précis, du poids du corps d’une jambe à l’autre et le jeu d’alternance des bras et des jambes concrétisent parfaitement la pensée chinoise basée sur l’équilibre dynamique des forces du Yin et du Yang.

Vlady Stévanovitch, qui a développé sa propre méthode, affirme que c’est en observant la position des mains que l’on peut déterminer la qualité des mouvements du pratiquant. Durant les enchaînements, ce sont les mains qui guident les déplacements, qui captent l’énergie et la transmettent d’une main à l’autre afin que le corps trouve son appui dans le Tan Tien, le centre de gravité situé un peu en bas du nombril. Toute l’essence du Tai Ji Quan réside dans la recherche du centre, de l’équilibre des deux pôles de l’énergie, le Yin, issu de la terre, et le Yang, issu du ciel.

Tai Ji, Tai Chi, Taichi, Quan, Chuan ?
On peut se demander si les multiples façons d’écrire « Tai Ji Quan » sont liées à diverses techniques. Il n’en est rien. Tai Ji Quan est l’unique forme qui convient, et ce, depuis l’instauration en 1949 du Pin Yin, le système de transcription phonétique de la langue chinoise. L’expression Tai Ji Quan se compose de trois idéogrammes, dont les deux premiers signifient littéralement « faîte suprême » et incluent à la fois des notions d’équilibre dynamique et de but à atteindre. Le troisième caractère, Quan, signifie « poing » ou « combat à mains nues », et implique la dimension des arts martiaux. Les trois caractères peuvent donc se traduire par « combat suprême », avec un adversaire ou avec soi-même.

Applications thérapeutiques

Le Tai Ji Quan est une méthode d’entraînement à la fois préventive et complémentaire qui contribue à améliorer la santé générale et à traiter un grand nombre de désordres chez les adultes, les enfants et particulièrement les aînés. De nombreuses études, réalisées dans des écoles de médecine américaines, l’ont d’ailleurs démontré. Cependant, malgré l’abondance des études confirmant les bienfaits de la pratique, on constate souvent un manque de cohérence dans les méthodologies de recherche utilisées.

Chez les aînés

Le Tai Ji Quan contribue à améliorer le bien-être physique général des personnes âgées ainsi que diverses fonctions spécifiques.

Système musculosquelettique

Il renforce la musculature et les articulations, améliore l’équilibre et, par le fait même, réduit les risques de chute qui constituent une cause majeure d’hospitalisation chez les personnes âgées (86 % des admissions des personnes de plus de 65 ans entre 1991 et 1995 au Québec13). Une étude12 menée auprès de 200 aînés indique que la pratique du Tai Ji Quan réduit de 47,5 % les risques de chute.

Système cardiorespiratoire

Le Tai Ji Quan réduit la fréquence cardiaque et la tension artérielle; il renforce le système respiratoire en augmentant la capacité pulmonaire et en apaisant le rythme de la respiration, ce qui le rend efficace pour traiter l’asthme, la bronchite, le rhume des foins et les affections respiratoires.

Système nerveux

Son action sur le système nerveux aide à améliorer les troubles neurologiques et à relâcher les tensions et l’anxiété.

D’autres études indiquent que le Tai Ji Quan permet de réduire la douleur liée à l’arthrite rhumatoïde, et d’améliorer l’état de santé des individus souffrant de troubles cardiaques.

En pratique

Il existe plusieurs styles de Tai Ji Quan et plusieurs variations à l’intérieur de chacun d’eux. Certaines écoles visent surtout la prise de conscience de soi par une approche intérieure, d’autres, favorisent les techniques de combat. La plupart des écoles ont toutefois abandonné leur intention martiale au profit du développement de la souplesse et de l’éveil du Qi.

Le nombre de mouvements dans un enchaînement complet varie de 24 à 48, et peut même atteindre 108, ce qui correspond à la forme originale du Tai Ji Quan. Il est cependant plutôt rare de trouver des maîtres qui enseignent selon les règles anciennes ; la plupart ont réduit le nombre de figures afin de rendre l’entraînement plus accessible.

Aucun organisme officiel ne réglemente l’enseignement du Tai Ji Quan en Occident. Bien qu’il existe des associations qui veillent à transmettre l’enseignement des différents styles selon les règles de la tradition, de nouvelles techniques adaptées à la modernité continuent d’émerger.

S’initier

Les cours de Tai Ji Quan se donnent individuellement ou en groupe, généralement sur une base hebdomadaire, dans des centres spécialisés, des clubs sportifs, des YMCA ou des centres de loisirs.

Vu la multiplicité des styles de Tai Ji Quan, il est conseillé de « magasiner » en posant beaucoup de questions ou en assistant à une session à titre d’observateur afin de déterminer si le style (plus intérieur ou plus martial, par exemple) correspond à ce que l’on recherche.

Il est aussi possible de s’initier au Tai Ji Quan en consultant un livre ou une vidéo, mais c’est loin d’être l’idéal puisque, sans instructeur, il est impossible de vérifier l’alignement de la posture ou la justesse des mouvements.

Les principaux styles

En Chine, on reconnaît cinq grandes écoles dont voici les trois plus importantes.

L’école Chen

Cette école, qui est la plus proche des techniques de défense traditionnelles, est très présente en Chine, contrairement à l’Occident où elle est encore méconnue. De formation militaire, Chen Wan Ting, le fondateur, a conçu, au début du XVIIe siècle, un enchaînement caractérisé par des mouvements combinant une force explosive, qui vient de l’intérieur et rappelle le tonnerre, à un style extrêmement fluide, souple et mouvant.

L’école Yang

C’est la plus populaire en Occident. Issue de l’école Chen, son créateur Yang Lu Chan (1789-1872) a mis au point des mouvements beaucoup plus amples que ceux de son prédécesseur.

L’école Wu

Elle est peu connue en Occident. Wu Jian Quan (1870-1942), son créateur, a enseigné la technique à l’École militaire, puis à la Grande école d’éducation physique de Pékin. Son programme d’entraînement comporte des mouvements plus serrés et nécessite d’adopter un angle oblique alors que les styles Chen et Yang se pratiquent le tronc droit.

Les formations, les livres

Il n’existe pas d’organisme officiel qui accrédite les maîtres de Tai Ji Quan. Toutefois, plusieurs écoles décernent des certificats attestant que les personnes satisfont à leurs exigences particulières. Avant de vous lancer, assurez-vous de poser le maximum de questions : demandez des références, des renseignements sur les professeurs, leur expérience et leur formation, sur le code d’éthique, etc.

Livres

– Al Huang Chungliang. Tai Ji, danse du Tao, Guy Trédaniel éditeur, 1986.
Publié il y a plus de 25 ans en anglais, un livre remarquable sur l’esprit du Tao.

– Boudreau Pierre. Pensées de jade, une odyssée dans le monde du Taï-Chi, Les Éditions Créativité en Taï-Chi, 1994.
Un ouvrage particulier sur le Tai Ji Quan. On y parle du Qi, de respiration, de santé, de philosophie et de l’art d’être soi-même. On trouve également des textes et des poèmes sur l’art du Tai Ji Quan tel que pratiqué en Chine et en Occident, en particulier au Québec.

– Cheng Man Ch’ing. Les treize traités de Maître Cheng sur le T’ai Chi Ch’uan, Courrier du Livre, 1998.
Dans son ouvrage d’érudit, qui se veut à la fois pratique et thérapeutique, le professeur Cheng révèle les secrets de sa lignée. Description des traitements selon les pathologies et entraînement pour son propre développement personnel.

– Chia, Mantak et Juan Li. Dynamique interne du tai-chi, Guy Trédaniel éditeur, 1998.
Le Tai Ji Quan est à la fois une gymnastique douce pratiquée par les aînés et un art martial à part entière. On découvre dans ce livre toute l’énergie et l’épanouissement propres à l’exercice.

– Cormouz José. Le Tai Ji Quan des origines, Guy Trédaniel éditeur, 1995.
Comme son titre l’indique, cet ouvrage raconte les origines de l’école Chen du Tai Ji Quan.

– Liao Waysun. Les Trois Classiques du Tai Chi Chuan, Le Courrier du Livre, 1997.
Ce livre de base, écrit par le maître Waysun Liao, fait état du résultat de ses recherches : historique, traduction des manuscrits anciens, description des techniques et méthodes, et dessins des 108 mouvements expliqués par le maître Cheng Man-Ch’ing.

– Stévanovitch Vlady. La Voie du Tai Ji Quan, Stévanovitch éditeur, 1986.
Le regard et la pratique d’un Occidental qui fait école sur plusieurs continents. Plus de 1 600 photographies illustrant les postures, exercices et enchaînements visant à la maîtrise de soi par l’équilibre du Qi.