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La Sophrologie

Par Ann-Charlotte Taudière

La sophrologie est une technique de relaxation s’apparentant à l’hypnose

On peut entendre parler de sophrologie dans divers contextes et penser, chaque fois, qu’il s’agit d’approches différentes. C’est que l’approche vogue dans des eaux métaphysiques, qu’elle prétend au titre de science, que la théorie se présente sous un vocabulaire relativement compliqué – comme sophro-correction sérielle ou protection sophro-liminale – tandis que certains de ses exercices mentaux tiennent parfois de la simple pensée positive.

Mais pour la majorité des utilisateurs, la sophrologie est une technique de relaxation s’apparentant à l’hypnose, en ce sens qu’elle amène le sujet dans un état de conscience qu’on pourrait dire « désencombré ». Le sujet est alors capable de se concentrer d’une manière exceptionnelle sur un besoin spécifique. Il peut s’agir, par exemple, d’atténuer les douleurs causées par un traitement médical, de préparer un examen ou une compétition, d’abandonner une dépendance ou de réduire les effets du stress. (On trouve dans les sites de références des exemples qu’on peut écouter en ligne.)

Le terme a été créé à partir des mots grecs sos (exempt de maladie), phren (diaphragme) et logia (étude), combinaison à laquelle les sophrologues donnent le sens « d’étude de l’harmonisation de la conscience ».

Recherche et rédaction : Lucie Dumoulin

Outils et modes de pratique

Très largement inspirés des techniques du yoga et de la méditation, ses outils comprennent surtout des exercices mentaux et respiratoires, des visualisations et certains exercices corporels ; parmi ses techniques de relaxation figure aussi le training autogène.

Plusieurs exercices sont axés sur l’attention aux sensations physiques, car la représentation corporelle jouerait un rôle très important sur la conscience. En ce sens, la sophrologie pourrait faire partie des thérapies que l’on dit psychocorporelles.

Pour illustrer le processus capable d’amener la conscience hors de son état habituel, mentionnons un exercice mental basé sur le paradoxe (comme il en existe dans le zen) : assis, les yeux fermés, les mains en coquille sur les oreilles, imaginer que l’on entend de la musique classique de l’oreille droite et du jazz de l’oreille gauche.

L’approche connaît deux modes de pratique
Par soi-même, pour soi-même. On peut apprendre les exercices appropriés et les pratiquer ponctuellement, à la manifestation d’une douleur, par exemple. On peut aussi répéter quotidiennement une séquence d’exercices (parfois avec un support audio enregistré) dans le but de poursuivre un travail de développement personnel : stimuler sa motivation ou sa créativité, se défaire d’une dépendance, s’affirmer face à l’autorité, s’ouvrir spirituellement, etc.

En consultation avec une personne formée. Le sophrologue induit alors chez le sujet l’état de conscience requis et l’amène à reprogrammer son comportement (pour régler un problème ou accomplir une tâche). Il n’y a aucun contact physique.

D’Occident et d’Orient
La sophrologie a été mise au point au milieu du XXe siècle par le Dr Alfonso Caycedo, neuropsychiatre colombien alors établi en Espagne, qui s’intéressait particulièrement aux états et niveaux de conscience : veille, vigilance, concentration, attention flottante, coma, etc., ainsi qu’à l’hypnose médicale.

Après avoir sérieusement étudié la phénoménologie et séjourné pendant deux ans en Orient pour s’initier à certaines techniques d’accès à des états de conscience non ordinaires, il crée officiellement la sophrologie en 1960.

Au fil de l’expérimentation, le Dr Caycedo développe deux familles de techniques.

Les relaxations dynamiques, qui comprennent plusieurs exercices empruntés au yoga, au bouddhisme et au zen pour stimuler l’hémisphère droit du cerveau et élever le niveau de créativité et d’intuition. Le sujet est initié par étapes à cette pratique.
Les sophronisations, qui se pratiquent à l’intérieur d’une relation privée sophrologue-client. D’un ton monocorde, le sophrologue amène le client dans un état cérébral d’ondes alpha et l’entraîne dans le travail de suggestion mentale sur lequel ils se sont préalablement entendus.
Toujours plus haut
Les principaux acteurs et auteurs de cette approche ne cachent pas leurs prémisses, qui relèvent d’un univers nettement plus spirituel que scientifique.

L’être humain est un tout, une entité.

Le bonheur est en soi et on ne le trouvera nulle part ailleurs.

L’objectif ultime de cette pratique est d’atteindre l’état supérieur de la conscience « sophronique » – ce qui correspond au satori dans le zen ou au samadhi dans le yoga. Quelques voix se sont élevées pour accuser la sophrologie de pratiquer du lavage de cerveau et d’enrôler les gens dans une secte; ce débat est toujours présent.
La sophrologie prétend toutefois renforcer la personne dans toutes ses structures, tant physiques que psychologiques ; la plupart du temps, disent les praticiens, cela suffit pour que les symptômes de détresse ou de maladie régressent. Il est clair que certains chefs de file de la sophrologie pèchent par excès d’enthousiasme : « Si les Orientaux mettent une ou plusieurs vies pour atteindre l’état supérieur, écrit l’un d’eux, il n’est pas impossible pour nous Occidentaux d’atteindre ce stade en quelques mois d’entraînement intensif ».

Mentionnons finalement que plusieurs médaillés olympiques ainsi que des cosmonautes russes auraient utilisé la sophrologie au cours de leur entraînement. Si en Europe, son berceau, on trouve beaucoup de praticiens et d’écoles de formation, l’Amérique du Nord ne semble pas avoir suivi le mouvement ; les grands sites américains d’approches alternatives n’en font pas mention.

Applications thérapeutiques

Recherches

Il n’existe pas, à notre connaissance, de recherche clinique portant sur l’efficacité de la sophrologie comme telle, ce qui est compréhensible puisqu’elle englobe un vaste ensemble de techniques. D’après Medline, seulement 78 articles ont paru sur le sujet dans les publications scientifiques depuis la fin des années 1960, très majoritairement en France. Ils traitent généralement de techniques pour réduire l’anxiété des patients avant une intervention ou lors de soins dentaires. L’autre champ d’application le plus souvent abordé est la préparation à l’accouchement.

Préparation à l’accouchement

Pendant la grossesse, la sophrologie aide la mère à développer une relation avec le fœtus à travers des visualisations et à se préparer mentalement et physiquement à l’accouchement naturel. Au moment de l’accouchement, elle peut mieux prendre en charge le processus, gérer la douleur et oxygéner adéquatement le bébé (l’entraînement sophrologique consiste notamment en une respiration profonde, et non haletante comme celle couramment utilisée).

Analgésie

La conscience joue un rôle important dans la perception de la douleur ; la sophrologie enseigne des techniques susceptibles d’aider le cerveau à mieux la gérer. On l’utilise dans certains contextes institutionnels pour préparer les patients à des traitements dentaires, à des tests effractifs et à des chirurgies.

Maladies et psychothérapie

Dans la mesure où le stress et certains problèmes psychiques sont la cause de diverses maladies, comme le psoriasis, la constipation, les ulcères et l’asthme, la sophrologie peut aider à guérir. Dans le cas des autres maladies, même graves, la sophrologie dit pouvoir activer le processus d’autoguérison. Enfin, par son orientation positive, la sophrologie a pour but d’aider à mieux vivre et à s’épanouir.

Autres applications

Apprentissage. Préparation à la réussite scolaire, amélioration de la concentration et de la mémoire, entraînement à la pensée positive et à la gestion du stress. La sophrologie peut être appliquée aux enfants.

Sport. Motivation, préparation aux compétitions, gestion du seuil de douleur, affinement de la sensibilité interne, dépassement de la peur, régularisation du sommeil.

En pratique

Pratique individuelle de développement personnel

Il existe plusieurs livres permettant de s’initier aux techniques de base, mais comme c’est le cas pour de nombreuses approches – que ce soit le yoga ou la danse – il est préférable de suivre d’abord un entraînement auprès d’une personne adéquatement formée.

On peut également suivre une formation personnelle dans une école. Le programme de base varie selon les établissements, mais correspond à environ 90 heures de cours théoriques et pratiques, avec un nombre égal d’heures d’entraînement personnel. Il se déroule généralement en étapes successives d’apprentissage, pour toucher quatre dimensions : sensorialité, sentiment-émotion-cognition, intuition et transcendance. Enfin, il est possible de trouver des initiations moins élaborées, notamment dans des centres communautaires ou de loisirs.

Consultation thérapeutique

La sophrologie clinique est réservée aux professionnels de la santé. Si on veut se faire accompagner dans un processus de guérison, il est préférable de consulter un thérapeute possédant une formation pertinente en plus de son entraînement à la sophrologie. Le prix d’une consultation est comparable à celui de la plupart des autres pratiques psychothérapeutiques.

Formation

On remarque certaines scissions dans la famille sophrologique, les « orthodoxes » reprochant aux « néo-sophrologues » de transformer une approche thérapeutique en entreprise commerciale. Certains mouvements ou écoles ont inclus le terme « caycedien » dans leur nom pour afficher leur allégeance à la théorie fondamentale. Il faut donc faire un peu de recherche pour trouver l’institution qui correspond à ses besoins.

Au Québec, cinq centres accrédités par l’Association des professionnelles et professionnels en sophrologie du Québec offrent une formation théorique et pratique de 250 heures sur deux ans menant à l’obtention d’un « diplôme d’études supérieures en sophrologie ». Elle est offerte « de préférence » aux personnes détenant un diplôme universitaire ou l’équivalent, ou encore aux personnes qui possèdent un diplôme d’études collégiales et qui ont une expérience pratique dans le domaine de la psychologie, de la santé, des services sociaux, de l’éducation, de la rééducation, de l’éducation physique ou autres.

En Europe francophone, et surtout en France où la sophrologie connaît une certaine popularité, les écoles sont nombreuses et établies dans à peu près toutes les régions. L’ampleur du programme varie beaucoup d’une institution à l’autre; dans certains cas, la formation par correspondance est possible. Les cours se donnent généralement sous forme d’ateliers de trois ou quatre jours.

Il existe aussi des séminaires d’approfondissement, dont certains sont destinés particulièrement aux médecins. Le Dr Caycedo, maintenant établi en Andorre, en donne encore quelques-uns lui-même.

Livres

– Caycedo Alfonso. L’aventure de la sophrologie racontée par son fondateur, Retz, France, 1979.
L’auteur explique comment la découverte de la « corporalité » en Orient a transformé sa conception thérapeutique de la psychiatrie.

– Davrou Dr Yves. La sophrologie facile – 30 exercices simples, relaxants et dynamisants, Marabout, France, 1986.
Pour s’initier soi-même aux bases de la sophrologie.

– Peccolo Jean-Yves. La sophrologie – chemin vers la conscience, J’ai lu New Age, France (d’abord paru aux éditions du Rocher, 1989).
Une explication détaillée et claire de l’approche.

– Rager Dr G.R. Hypnose, sophrologie et médecine, Fayard, France, 1973.
Un gros bouquin de près de 600 pages. L’auteur aborde notamment les névroses et maladies de civilisation.



Praticiens liés :
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Catherine Lermite-Cruaud
Art Alpha
Athéna Sophrologie

1 commentaire

  1. servant Le 12-03-2015

    Merci pour cet écrit, et j’ajoute de par mes connaissances et expériences, d’aller voir sur le site de la FEPS (fédération des écoles professionnelles de sophro) pour trouver un(e) pro vers chez soi, et une école de formation. Il en existe 12 en France qui se sont ralliées à cette fédération pour proposer des formations avec un minimum de 400 h de formations en présentiel et un diplôme reconnu RNCP, c’est-à-dire au répertoire national des certificats professionnels.

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