Vous êtes ici : Nos conseils bio » Bien être » Techniques de Bien être » L’Haptonomie

L’Haptonomie

Par Ann-Charlotte Taudière

Tecchnique de bien-être tactile : l'haptonomieSelon les mots de son concepteur, le Néerlandais Frans Veldman, maintenant établi en France, l’haptonomie serait la « science des interactions et des relations affectives humaines ». Elle mise sur une présence dite affective et « confirmante » – qui se manifeste par le toucher – pour aider au développement d’un état de sécurité de base chez l’autre, qu’il soit malheureux, malade, mourant ou pas encore né.

L’Haptonomie, la Science des interactions et des relations affectives humaines »

Frans Veldman, qui se définit comme un « chercheur en science de la vie », a mis au point cette approche globale au début des années 1980 – grâce à sa propre expérience auprès de personnes souffrantes, mais aussi à ses connaissances en psychologie, en psychanalyse et en philosophie. Formé à partir de deux mots grecs, le terme haptonomie signifie « contact tactile pour rendre sain, entier ». Veldman utilise également le terme « psychotactile » pour décrire ce type de contact, puisqu’il demande tact, présence, transparence, prudence et respect.

Bien que le terme ne bénéficie pas de protection légale ou de copyright, Frans Veldman affirme catégoriquement que l’haptonomie qu’il enseigne est la seule qui ait droit de cité puisqu’il en est le créateur et qu’il est le seul en mesure de la transmettre adéquatement. Théoriquement, il n’y a que les personnes formées par son équipe, au Centre international de recherche et de développement de l’haptonomie (CIRDH), qui ont le droit d’utiliser cette approche. En pratique, toutefois, la chose échappe à son contrôle puisqu’on trouve de la formation à au moins un autre endroit, l’Institut scientifique d’haptonomie, établi aux Pays-Bas. Ironiquement, cet institut est dirigé par Frans R. Veldman, fils du premier et lui-même médecin, ce qui donne lieu à une guerre publique.

Pourtant, le concept de « présence » thérapeutique connaît un important développement en Occident depuis quelques décennies – comme en témoignent des approches comme le toucher thérapeutique, l’abandon corporel, l’approche non directive créatrice et plusieurs autres. Ce que confirme Marie Panier, ostéopathe québécoise formée par Veldman : « Les approches qui ramènent à la qualité d’être – à être plutôt qu’à faire – sont de plus en plus nombreuses. Or, la base de l’haptonomie, c’est ça : la présence dans le toucher, un toucher affectif qui rejoint l’autre dans ce qu’il a de meilleur. » Dans la plupart des approches de ce type, comme dans l’haptonomie, une certaine base philosophique et spirituelle soutient la démarche de l’intervenant.

Le fœtus comme une petite personne

La forme la plus connue d’haptonomie s’adresse à la triade composée d’un père, d’une mère et d’un enfant à naître. À compter d’environ quatre mois de grossesse, le bébé est assez développé pour percevoir un toucher affectif et y réagir : il vient, par exemple, se coller sur les mains du père ou de la mère et se laisse bercer à travers le ventre de sa maman. Le toucher est le premier « langage », comme l’ont démontré Ashley Montagu et plusieurs autres chercheurs. Les contacts haptonomiques, c’est-à-dire des touchers affectifs de qualité, confèrent au petit un important sentiment de sécurité, gage d’un plus grand équilibre émotionnel après sa naissance. Ces touchers peuvent continuer d’avoir lieu pendant l’accouchement, ce qui faciliterait la naissance du bébé et son adaptation à sa nouvelle vie extra-utérine.

La mère tire toujours de ces contacts privilégiés une meilleure qualité de relation avec son petit, et peut en plus l’aider dans les processus physiologiques (par exemple, en incitant le bébé à se positionner différemment dans l’utérus).

Quant au père, forcément exclu de la symbiose physiologique mère-foetus, il trouve là un moyen exceptionnel d’entrer en contact avec son enfant avant sa naissance. L’haptonomie permet, selon Marie Panier, de « diminuer le décalage entre le vécu du père et celui de la mère par rapport au bébé ». D’ailleurs, les séances d’haptonomie prénatale ne sont pas censées avoir lieu sans la présence du père (sauf pour les mères monoparentales), car ce serait aussi préjudiciable au couple qu’à l’enfant. À défaut d’être partagés avec le père, ces échanges enfermeraient mère et enfant dans une relation trop fusionnelle pour être saine.

Témoignage

« Te prendre dans mes bras, avant ta naissance » Les témoignages des pères qui ont recours à l’haptonomie sont souvent très touchants. En voici un. « Mon bébé, toujours dans le ventre de sa maman, a un peu plus de huit mois. Il est viable. Il pourrait naître demain et je l’aurais dans mes bras. À travers le ventre de sa mère, déjà je le prends, je le palpe, je le masse, je le déplace dans son petit univers aquatique. Je le connais. Littéralement, je joue avec lui. Et il joue avec moi. Je suis chaque fois surpris de le sentir monter à la surface et venir se placer contre mes mains quand je les dépose affectueusement sur le ventre de ma conjointe. Je sens sa tête et ses fesses, et je la balance de droite à gauche. Nous sommes ensemble. Soudain, il s’en va. On dirait qu’il va se réfugier au fond de son nid. Il devient presque introuvable. À la prochaine. Bonne vie. »

Mentionnons aussi que le programme « Préparation affective à la naissance », qui a cours au Québec comme en Europe, est en partie inspiré par l’haptonomie. En effet, la personne qui a développé cette approche et qui l’enseigne est une psychologue belge, Brigitte Dohmen, qui a suivi la formation de Frans Veldman. Outre l’apprentissage à la « présence » au bébé, telle que mise de l’avant par l’haptonomie, Mme Dohmen intègre également des pratiques inspirées du chant prénatal, de la psychologie du développement, de l’ostéopathie et des théories liées au travail du périnée. (Ni la pratique ni l’enseignement ne sont reconnus par le CIRDH.)

Pour les malades et les mourants

L’haptonomie comprend d’autres champs d’intervention, dont l’accompagnement des malades et des mourants pour les aider, notamment, à retrouver un « sentiment de complétude ». Il y a aussi l’haptopsychothérapie, une façon de pratiquer la psychothérapie qui vise d’abord à aider le client pour qu’il mobilise lui-même son « élan de vie » afin de retrouver ou de développer sa santé psychique.

Quand, selon la théorie haptonomique, on touche un patient en tant que sujet qui mérite d’être respecté, il sent ce message, son corps se détend, sa respiration s’ouvre, sa tolérance à l’intervention professionnelle est accrue et sa capacité à guérir également.

Un geste d’apparence si « naturelle », et pourtant.
Le toucher haptonomique pourrait être décrit comme un toucher rempli d’affection, mais sans connotation érotique; respectueux, sans être « détaché » ; généreux, sans être thérapeutique ; tendre, ouvert et sincère. On pourrait croire qu’il s’agit d’un toucher tout simple et naturel : le toucher affectueux et protecteur que les mères prodiguent spontanément à leur enfant.

Pourtant, les haptonomistes croient que dans de nombreux cas, on doit réapprendre ce toucher affectif pour éviter de se cantonner, malgré soi, dans un toucher sensuel ou dans un toucher technique. Ainsi les pères sont souvent loin d’être à l’aise quand vient le temps de prendre leur bébé avec tendresse. L’apprentissage de ce toucher peut aussi être bénéfique pour les nouvelles mères qui n’auraient à peu près jamais eu la chance de côtoyer des bébés avant la naissance du leur.

Enfin, il peut être bénéfique de redécouvrir ce qu’est un toucher véritablement intime et rassurant quand vient le temps d’accompagner un parent ou un ami gravement malade ou en phase terminale. Surtout si on a à soigner la personne, à la laver, à changer sa culotte souillée ou à la faire manger. comme un bébé.

Un équilibre délicat

L’approche de Frans Veldman se situe à mi-chemin entre « l’intuition » et la technique, comme entre le tutoiement et le vouvoiement. Une formation en haptonomie exige d’acquérir certaines connaissances théoriques et pratiques, mais met beaucoup l’accent sur le développement personnel, de façon à ce que le toucher affectif devienne une véritable seconde nature.

Le collège scientifique que Veldman a réuni autour de lui comprend surtout des psychiatres, des gynéco-obstétriciens et des psychologues. Une des premières personnes à se joindre au CIRDH fut Catherine Dolto, médecin formée à la psychanalyse, fille de Françoise Dolto et auteure de plusieurs livres sur ou pour les enfants. Elle a depuis délaissé la pratique de la médecine pour se consacrer à la psychothérapie selon l’approche de l’haptonomie, et elle se présente maintenant avec le titre d’haptopsychothérapeute.

Applications thérapeutiques

Frans Veldman définit l’haptonomie comme faisant partie des sciences humaines. Quand elle est utilisée au moment de la grossesse, elle peut aider à améliorer le positionnement du bébé (ce qui peut soulager la mère et faciliter l’accouchement). Elle peut aussi aider la mère à réduire ses sensations de douleur. Mais elle n’a aucune visée thérapeutique spécifique.

Nous n’avons connaissance d’aucune recherche portant sur l’haptonomie publiée dans les principaux magazines scientifiques.

En pratique

Il n’y a pas d’« haptonomes », mais divers professionnels de la santé qui ont ajouté cette formation à leurs compétences. La qualité d’un suivi en haptonomie ne se mesure qu’à partir de critères subjectifs. En effet, il est bien difficile de définir objectivement ce qu’est un toucher affectif de qualité.

En haptonomie prénatale, les rencontres ont lieu environ aux trois ou quatre semaines, toujours en individuel plutôt qu’en groupe. On y expérimente diverses façons d’établir de riches contacts avec l’enfant à naître, on apprend à les poursuivre à la maison et on pourra les utiliser au moment de l’accouchement.

Une des techniques de l’haptonomie a pour but de maîtriser la douleur durant l’accouchement. Pendant les rencontres prénatales, la femme s’habitue à ne pas fixer son attention sur une zone douloureuse (qui est provoquée délibérément pendant les « pratiques », en pinçant la cuisse, par exemple). Elle apprend plutôt à se « prolonger » dans les mains et le regard de son conjoint, par exemple. Ainsi, selon la théorie, la douleur cesse d’occuper tout l’espace, et la femme a l’impression de la laisser couler au lieu de lutter contre elle, ce qui peut être fort utile au moment de l’accouchement.

On trouve des praticiens formés par Frans Veldman au Québec (une douzaine) et en Europe (surtout en France); ils sont sages-femmes, psychothérapeutes, infirmières, ostéopathes, etc. On obtient leurs coordonnées par les réseaux des sages-femmes ou en faisant la demande par courriel auprès du CIRDH.

Formation professionnelle

La formation n’est ouverte qu’aux professionnels de la santé et de la psychothérapie, dont les sages-femmes et les kinésithérapeutes. Il faut d’abord s’inscrire à un « séminaire de sensibilisation », qui s’étend sur deux stages de quatre jours. Il existe ensuite des formations spécifiques, selon le champ d’application :

  • accompagnement pré et postnatal haptonomique des parents et de leur enfant
  • hapto-obstétrique®
  • haptopuériculture®
  • haptopsychothérapie
  • accompagnement haptonomique des mourants
  • et quelques autres

Selon la spécialité, la formation exigera de trois à six stages de deux ou trois jours, répartis sur 18 à 24 mois.

Le CIRDH est établi dans le sud de la France.

Livres

– Martino Bernard. Dialogue avec le fœtus. Article extrait de Le Bébé est une Personne, Poche/J’ai Lu, France, 1985, pp. 57-77. [Consulté le 8 mars 2004].
Description d’une rencontre en haptonomie dirigée par Frans Veldman.
– Dolto-Tolich Catherine. L’haptonomie périnatale. Extrait d’un article paru dans « Les dossiers de l’obstétrique », n°155 – octobre 1988. [Consulté le 8 mars 2004]. www.liewensufank.lu
– Dolto-Tolitch Catherine, L’Haptonomie périnatale (CD audio), Gallimard Jeunesse, France, 1999.
– Veldman Frans. Haptonomie, science de l’affectivité, Presses Universitaires de France, France, 2001 (nouvelle édition).
Ouvrage substantiel portant sur l’analyse des déficits et traumas qui, dans le domaine affectif de la vie intérieure, « entravent ou empêchent l’épanouissement harmonieux de la personnalité psychique et morale ». À cause de son langage recherché et de son format (près de 600 pages), ce livre s’adresse aux spécialistes de la relation d’aide.
– Veldman Frans. Haptonomie, amour et raison, Presses Universitaires de France, France, 2004.
Le plus récent ouvrage de Veldman comprend une synthèse de l’haptonomie, mais porte la réflexion plus loin sur les besoins et désirs de l’être humain.

Recherche et rédaction : Lucie Dumoulin et Léon René de Cotret



Pas encore d'avis

Donnez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*