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Le Feng Shui

Par Ann-Charlotte Taudière

Orienter les ouvertures, les meubles pour une meilleure harmonieConnu en Occident surtout depuis le tournant des années 1990, le Feng Shui est une pratique millénaire dont l’objectif est de faire en sorte que les bâtiments soient situés, conçus et aménagés de manière bénéfique pour les gens qui y vivent et y travaillent, et ce, à divers plans : santé, bonheur, prospérité, spiritualité, etc. Le terme Feng Shui est composé des mots chinois vent (Feng) et eau (Shui), image de mouvement et d’équilibre entre ce qui disperse et ce qui retient. Si, en français, on a pris l’habitude de prononcer le mot comme il s’écrit, en Asie on dit plutôt foung shoy ou fong chouè, selon les régions.

Les règles du Feng Shui découleraient, dit-on, d’une minutieuse observation des relations entre l’humain et son environnement, ayant débouché sur des préceptes dont on a pu vérifier et revérifier la véracité au cours des siècles. Évidemment, la prémisse de base est que les gens se portent mieux, physiquement et psychiquement, dans un environnement sain et harmonieux! À partir de là, on peut raffiner à l’infini.
De façon générale, le Feng Shui n’est pas une pratique où l’on prétend pouvoir soigner ou guérir des maladies, mais on croit volontiers que des interventions judicieuses dans l’aménagement immédiat peuvent contribuer à un retour à la santé ou au maintien de celle-ci – d’où sa place dans notre section Thérapies.

Pour être qualifié de sain et harmonieux, un milieu doit respecter les forces de la nature – telles que les conçoit la pensée chinoise, fortement inspirée de la philosophie spirituelle taoïste -, car les mêmes forces qui régissent le Cosmos agissent aussi à l’échelle humaine. Bien que la mode actuelle n’en retienne que quelques consignes ainsi qu’une certaine manie à utiliser des objets comme les carillons éoliens ou les fontaines d’intérieur, le Feng Shui repose sur une pensée riche et complexe, longuement approfondie.

Une conception holistique de l’Univers

Dans la pensée chinoise, une même conception holistique de l’Univers embrasse tous les éléments de la vie, de l’acupuncture aux arts martiaux, en passant par le jardinage et la calligraphie. Mentionnons seulement que cette philosophie est basée sur une conception « énergétique » de l’univers, qui déborde du cadre strictement matériel, mais qui l’englobe tout à la fois :

Le Qi

(prononcé tchi) est l’énergie fondamentale qui anime tout, les objets autant que les êtres vivants et les phénomènes naturels; pour qu’un milieu soit sain, le Qi doit pouvoir circuler aisément mais sans excès.
De la même manière que l’eau peut être interrompue dans son débit et devenir stagnante, le Qi peut stagner dans une maison, notamment pour cause d’encombrement. Par contre, il peut arriver qu’il « fuit » le lieu et vienne à manquer pour ses habitants, notamment lorsque les portes avant et arrière d’une maison se font face.

Pour assurer une bonne mesure de Qi, il faut viser l’harmonie entre ses pôles Yin et Yang (qu’on peut qualifier d’énergie féminine et masculine) ainsi qu’entre les cinq « Mouvements » (appelés aussi éléments) qui symbolisent les phases de l’alternance entre l’état Yin et l’état Yang ; ces Mouvements sont représentés par le Métal, le Bois, la Terre, le Feu et l’Eau.
Comme le Yin se caractérise notamment par des couleurs sombres et froides et par des formes courbes, une pièce trop Yin donne une impression caverneuse inconfortable et nuit à la vitalité requise pour les activités quotidiennes ; par contre, une pièce aux couleurs trop vives et contenant beaucoup d’angles aigus fatigue par excès de Yang.

C’est donc le respect des principes naturels et l’utilisation judicieuse des forces qui les sous-tendent qui permettent de maximiser le caractère bénéfique d’un endroit. On pourrait comparer cette pratique à celle de l’acupuncture : les interventions du Feng Shui sont comme des aiguilles insérées au bon endroit pour stimuler les forces vitales ou annuler les forces négatives.

Il faut aussi préciser que certaines dimensions du Qi, comme la luminosité, sont perceptibles par tous, tandis que d’autres seraient très subtiles. Dans certains cas, un bon ou un mauvais Qi peut s’apparenter à ce qu’on appelle parfois de bonnes ou mauvaises « vibrations ». Plus on désire améliorer l’aspect « énergétique » d’un endroit, plus il faut développer sa sensibilité et son intuition – ou recourir à un consultant consciencieux.

Une combinaison d’interventions

L’art du Feng Shui peut être appliqué avant même de commencer à dessiner les plans d’un bâtiment : certains principes régissent, par exemple, le choix du terrain et l’emplacement du bâtiment sur celui-ci, ainsi que sa forme, son orientation, ses dimensions et la répartition des pièces; l’aménagement des espaces extérieurs sera aussi l’objet de considérations.

Dans le cas des bâtiments existants, on utilisera les applications du Feng Shui comme des « remèdes » capables d’améliorer le Qi déficient, s’il y a lieu. Ces interventions sont de l’ordre de la lumière, du son, de la couleur, du mouvement, de la vie et des formes. Cela peut donner lieu à des travaux tels que :

  • aménager les espaces extérieurs, même petits
  • modifier les ouvertures
  • changer la fonction de certaines pièces
  • disposer les meubles autrement de façon à modifier les axes de circulation
  • dégager des espaces
  • ajouter ou retirer des couleurs
  • intégrer des objets symboliques (miroirs, carillons) ou des éléments naturels (du règne animal, végétal ou minéral) pour leur effet stimulant ou apaisant (on les appelle des « correcteurs d’énergie »).

On sait que plusieurs facteurs environnementaux peuvent s’additionner pour nuire à la santé, tant psychique que physique : l’éclairage d’une pièce et ses couleurs peuvent jouer sur l’humeur ; une accumulation d’objets inutiles peut entraîner un excès de poussière, nuisible pour le système respiratoire ; des objets qui rappellent des situations tristes peuvent lentement « empoisonner » l’existence…

De la même manière, on peut combiner plusieurs « remèdes » pour harmoniser l’espace où l’on doit séjourner – quels que soient ses défauts -, même un espace de bureau à cloisons. Si, pour diverses raisons, une intervention ne peut pas être appliquée à tel endroit, deux ou trois autres sont susceptibles d’avoir un effet comparable. Et certaines d’entre elles sont tellement simples qu’on pourrait les mettre en œuvre même pour un très bref séjour, comme dans une chambre d’hôtel (par exemple, en orientant différemment les fauteuils et la télé pour que celle-ci cesse d’être le principal point d’intérêt – même éteinte…).
Les besoins de chaque individu diffèrent dans une certaine mesure et les règles de la pratique sont conçues pour tenir compte des particularités de chacun.

Traditions et couleurs locales

L’histoire du Feng Shui se déploie sur une longue période de temps et sur un vaste territoire ; par conséquent, la pratique est vraiment multiforme, ayant incorporé toutes sortes de croyances et de connotations culturelles locales – comme cela se produit dans toutes les pratiques traditionnelles. D’autres civilisations possèdent d’ailleurs une pratique similaire, comme le vastu en Inde.

Il existe plusieurs approches ou écoles de Feng Shui. Selon l’école à laquelle il appartient, le praticien traditionnel se référera dans une plus ou moins grande mesure à des connaissances ésotériques (comme l’astrologie et la numérologie), et il utilisera un des différents outils destinés à déceler l’énergie intangible. Parmi ceux-ci, on connaît surtout le compas/boussole (1) appelé lo-p’an, la grille des étoiles volantes (2), et l’octogone (3) appelé ba-gua ou pakoua. Certains consultants sont familiers avec plusieurs écoles et se réfèrent à l’une ou l’autre selon le contexte.
Si plusieurs sources d’information insistent sur la capacité du Feng Shui à améliorer la prospérité, l’engouement occidental semble exprimer d’abord un désir d’esthétique apaisante. Il y a 20 ans, on disait « c’est zen »; aujourd’hui, on dit « c’est Feng Shui ». Ce qui n’empêche en rien une pratique approfondie. Il faut toutefois une recherche assez poussée pour séparer l’authentique de l’altéré et, surtout, l’utile du superflu.

En ce qui concerne la santé, les praticiens sérieux devraient aussi prendre en considération tous les éléments physiques de l’environnement immédiat susceptibles d’agir d’une manière ou d’une autre sur le métabolisme : les matériaux malsains, les produits toxiques, les charges électromagnétiques, les passages d’eau souterraine, les lignes à haute tension, etc.

Un symbolisme complexe

Un grand nombre des règles du Feng Shui relève surtout du bon sens, et les effets bénéfiques qui en découlent sont rapidement perceptibles (par exemple, installer un miroir dans une petite pièce pour lui donner de l’ampleur ou réparer un robinet qui fuit). Toutefois, la pratique possède une très forte composante symbolique dont les innombrables interprétations varient au gré des maîtres, des écoles, des régions et des pays. Même dans leurs pays d’origine, on considère désormais que plusieurs de ces applications ne relèvent plus que de la superstition, comme le fait de placer la statuette d’un chevreuil dans la maison pour favoriser la longévité de ses habitants. Une partie du Feng Shui traditionnel repose également sur l’astrologie chinoise ainsi que sur diverses techniques de divination, ce qui exige des calculs fort laborieux.

Si certains voudront respecter à la lettre les règles d’un Feng Shui particulier, malgré tout ce qu’elles comportent de mystérieux, d’autres pourront s’inspirer de l’art sans nécessairement en suivre les diktats. D’une façon ou de l’autre, le soin que cette pratique exige d’apporter à son milieu de vie ne pourra qu’être bénéfique pour la santé, tant physique que psychique.

Applications thérapeutiques

Outre l’évidence qu’une maison agréable et bien entretenue est souhaitable pour tous, la philosophie à l’origine de la Médecine traditionnelle chinoise lie chacun des organes et chacune des fonctions organiques à des aspects particuliers du Qi. Pour soutenir un organe ou une fonction, il faudra donc faire en sorte de stimuler l’énergie correspondante. Pour ne prendre qu’un exemple parmi des milliers, disons qu’une personne au foie capricieux aurait avantage (entre autres mesures, qu’elles soient médicales ou énergétiques) à s’assurer que le Bois – en tant que matière ou en tant que Mouvement – soit présent en quantité suffisante autour d’elle.
Évidemment, la complexité même du système chinois empêche qu’on en analyse les effets selon les paramètres de recherche occidentaux. À notre connaissance, les revues scientifiques n’ont donc pas encore commencé à discuter de ce sujet.
Quant à la pratique d’une architecture Feng Shui pour les hôpitaux et autres lieux de santé, elle ne fait pas partie des mœurs occidentales, bien que plusieurs architectes soient maintenant sensibilisés à cette pratique.

En pratique

Lorsqu’il est question de construire une nouvelle maison, il est possible de trouver un architecte familier avec l’approche Feng Shui ou disposé à s’adjoindre un consultant. Pour qu’un travail d’harmonisation soit réalisé sur un espace déjà aménagé, le défi consiste à trouver un consultant dont le type de pratique correspond à nos besoins et à notre sensibilité. Il faut sans doute se méfier des experts à recettes : il n’existe pas de règles absolues, car chaque individu est différent.

Cette pratique n’étant pas légiférée, n’importe qui peut s’improviser « consultant », de l’amateur talentueux au disciple traditionnel, en passant par le marchand sans scrupule. Une grande partie du travail, pour le client, consistera donc à formuler sa demande de manière très précise. Si d’importants problèmes de santé sont en jeu, il faudra préférablement consulter un expert qui soit également familier avec les questions d’habitation et d’environnement (moisissures, ventilation, champs électromagnétiques, allergies, matériaux nocifs, etc.) afin d’en faire une étude rigoureuse, notamment à cause de phénomènes qui n’existent que depuis une cinquantaine d’années.
De nombreux livres, ateliers et cours permettent également de se familiariser avec cette pratique et de procéder par soi-même, au rythme et de la manière qui nous convient. De prime abord, le Feng Shui peut toutefois sembler terriblement compliqué, ce que n’allège en rien la profusion de sources d’information.

Mode de travail

Certains consultants peuvent accepter de travailler à un tarif horaire pour simplement visiter les lieux et donner leurs recommandations. D’autres vont préférer fonctionner à forfait et de manière plus structurée, avec une entrevue téléphonique préalable et l’analyse des plans de l’aménagement existant avant de se rendre sur place.

Formation

De tout temps, l’apprentissage du Feng Shui s’est fait auprès d’un maître. Ce n’est que depuis 15 ou 20 ans que des organisations de tout acabit offrent des cours ou des ateliers, généralement ouverts à tous. Il n’existe aucune norme pour les personnes qui se disent consultants. N’hésitez pas à poser beaucoup de questions, à exiger des références, à demander quelle est l’expérience des formateurs et à quelle tradition ils se rattachent. Enfin, méfiez-vous des approches trop simplistes et des recettes toutes faites.

Livres

– Birdsall George. Mettez du Feng Shui dans votre vie, Éditions de l’Homme, Canada, 1998, (traduction de The Feng Shui Companion).
Une des présentations les plus simples et accessibles que l’on puisse trouver.

– Collins Terah K. Le guide pratique du Feng Shui, Éditions Vivez Soleil, Suisse, 1998, (traduction de l’américain).
Une présentation particulièrement intéressante qui permet de commencer à « saisir » l’esprit du Feng Shui avant d’affronter ses innombrables préceptes ; la traduction française laisse malheureusement à désirer.

– Kennedy David. Le Feng Shui pour les nuls, Éditions First, 2002, (traduction de Feng Shui for Dummies).
Comme les autres livres de cette collection, la présentation est schématique et claire; avec ses 416 pages, le bouquin ne lésine pas sur les conseils pratiques.

– Saint-Arnauld Régine. Le Feng Shui santé, Marabout, France, 2002.
Combine le Feng Shui à différentes disciplines « domestiques » qui influencent la santé (géobiologie, chromothérapie, etc.)

– Too Lillian. Le guide illustré du Feng Shui, Guy Trédaniel, France, 1998.
Les principes de base et beaucoup de conseils pratiques dans un livre abondamment illustré.

Recherche et rédaction : Lucie Dumoulin et Léon René de Cotret

Références

Note : les liens hypertextes menant vers d’autres sites ne sont pas mis à jour de façon continue. Il est possible qu’un lien devienne introuvable. Veuillez alors utiliser les outils de recherche pour retrouver l’information désirée.

Bibliographie

– Carroll Robert. The Skeptic’s Dictionnary: A Collection of Strange Beliefs, Amusing Deceptions, and Dangerous Delusions, John Wiley & Sons Publishers, 2003. L’article sur le Feng Shui est également accessible par Internet au http://skepdic.com [Consulté le 22 décembre 2003].
– Birdsall George. Mettez du Feng Shui dans votre vie, Éditions de l’Homme, Canada, 1998.
– Collins Terah K. Le guide pratique du Feng Shui, Éditions Vivez Soleil, Suisse, 1998.
– Kennedy David. Le Feng Shui pour les nuls, Éditions First, 2002.
– Saint-Arnauld Régine. Le Feng Shui santé, Marabout, France, 2002.
– Tan David. Encyclopédie pratique du Feng Shui, Centre d’excellence du Feng Shui, Canada, 2003.
– Qi étude. [Consulté le 22 décembre 2003]. www.qietude.com
– World of Feng Shui, [Consulté le 22 décembre 2003]. www.wofs.com
– PubMed – National Library of Medicine www.ncbi.nlm.nih.gov

Notes

1. Sang’s Lo-P’an, 168 Feng Shui Advisors. [Consulté le 22 décembre 2003].
2. Thème des Étoiles volantes, Delemme Diffusion. [Consulté le 22 décembre 2003]. http://www.delemme.fr
3. Bagua, Au Grenier de la Nature. [Consulté le 22 décembre 2003]. http://www.grenier-nature.com
Source : Le réseau Protéus www.reseauproteus.com