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L’aromathérapie

Par Ann-Charlotte Taudière

Comme méthode thérapeutique, l’aromathérapie figure parmi les outils-ressources de la naturopathie.

L’aromathérapie figure parmi les outils et les ressources des naturopathesÀ cause peut-être de son préfixe « aroma », une perception courante veut que l’aromathérapie se résume à diffuser d’agréables odeurs juste pour le plaisir…

Or le suffixe « thérapie » indique bien qu’il s’agit d’une approche de soin – assez complexe, d’ailleurs – dont les essences aromatiques des plantes constituent la base. L’appellation qui est devenue d’usage courant pour parler des essences aromatiques est « huiles essentielles » (HE). Comme méthode thérapeutique, l’aromathérapie figure parmi les outils-ressources de la naturopathie.

On s’en sert contre plusieurs affections (toux, maux de tête, sinusite, asthme, problèmes digestifs, insomnies, fatigue, blessures sportives), mais selon les aromathérapeutes, son action la plus remarquable est de nature antiseptique (contre les bactéries, virus, champignons et parasites).

On s’en sert également pour l’hygiène des espaces intérieurs (prévention et traitement des maladies infectieuses), en soins esthétiques et pour la détente. On lui prête aussi une action bienfaisante sur le plan psychologique.

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ?

C’est une substance odorante volatile produite par certaines plantes et pouvant être extraite sous forme de liquide. Bien qu’on les appelle huiles, ces substances ne contiennent aucun corps gras : une goutte déposée sur un papier s’évaporera sans laisser de trace contrairement à une huile végétale.

Le règne végétal compte plusieurs centaines de milliers d’espèces et 4 000 d’entre elles fabriquent des essences aromatiques; toutefois, seulement quelques centaines le font en quantité suffisante pour qu’on puisse les extraire. Aujourd’hui, l’extraction se fait surtout selon trois procédés :

  • pression à froid, pour certaines plantes, comme l’orange, dont l’écorce renferme de l’huile essentielle
  • extraction par solvant, dont le dioxyde de carbone, surtout pour les fleurs fragiles
  • distillation à la vapeur, un procédé inventé au XIe siècle et le plus utilisé aujourd’hui

L’extraction des huiles essentielles> est coûteuse, surtout à cause de la très grande quantité de matière première requise : il faut compter environ 35 kg de plantes, en moyenne, pour obtenir un litre d’huile essentielle ; et c’est bien davantage dans le cas de certaines plantes comme la rose. D’où les prix élevés des « véritables » HE. Car il existe aussi des huiles synthétiques, qui conviennent à la parfumerie, mais pas à l’aromathérapie.

Depuis des milliers d’années, les huiles essentielles sont utilisées couramment en cuisine, en médecine, en parfumerie et dans l’industrie cosmétique. Mais c’est à la fin du XIXe siècle, en France, que commence l’histoire moderne de l’aromathérapie, alors qu’on prouvait scientifiquement la capacité des HE à neutraliser les bactéries (vers la même époque, on découvrait les antibiotiques, ce qui a eu pour effet d’écarter l’aromathérapie du champ de la médecine). On doit à René-Maurice Gattefossé, en 1928, la première utilisation du terme aromathérapie. On voit aussi, mais rarement, parfumothérapie.

Des composés chimiques complexes

Une huile essentielle peut renfermer jusqu’à des centaines de sortes de molécules, chacune ayant des propriétés particulières (antiseptique, bactéricide, immunostimulante, décongestionnante, etc.). Les scientifiques regroupent ces molécules en plusieurs chémotypes ou « familles biochimiques » – cétones, esters, coumarines, phénols, monoterpénols, etc. -, en fonction de la similarité de leurs propriétés.

De nombreuses huiles comprennent plus d’un chémotype. La sauge sclarée (Salvia sclarea), par exemple, contient 250 molécules différentes, dont 75 % issues de la famille des esters et 15 %, de celle des monoterpénols. Les molécules travaillent en synergie, ce qui explique la polyvalence des HE et la largeur de leur spectre d’action. Une fois que l’on connaît les propriétés des chémotypes ainsi que leur concentration dans une HE, on peut déterminer quels seront les effets de celle-ci, bienfaisants ou dangereux.

Car il ne faut pas mélanger, pour une même plante, les propriétés de son huile essentielle et celles des feuilles ou des fleurs prises en décoction, par exemple. Ni confondre huiles essentielles, essences culinaires et parfums. Les HE sont très concentrées en éléments chimiques actifs et peuvent présenter certains dangers. Plusieurs chémotypes sont agressifs ou allergènes pour la peau et les muqueuses, d’autres peuvent être toxiques à forte dose ou sur une longue période. En ce qui concerne l’usage interne, il faut savoir que certains chémotypes, comme les cétones, sont des poisons et ne doivent jamais être absorbés; par ailleurs, les HE ne doivent pas, en principe, être ingérées pures.

Il faut aussi être conscient qu’une même plante peut comprendre plusieurs espèces, dont chacune possédera des chémotypes différents. La lavande (Lavandula), par exemple, compte diverses espèces dont les officinalis, stoechas et latifolia ; c’est donc le nom latin complet qui nous permet de savoir de quelle plante exacte il s’agit. Le lieu de culture (climat, altitude, composition du sol) peut aussi influencer la composition chimique d’une plante.

Huile chémotypée ou artisanale ?

Les huiles essentielles, dites « chémotypées », proviennent de laboratoires qui sont en mesure de déterminer la structure biochimique exacte de leurs produits. Ces huiles sont particulièrement bien indiquées pour les usages thérapeutiques spécifiques, tandis que les huiles artisanales (identifiées uniquement par le nom de la plante) conviennent aux usages généraux. Certains laboratoires produisent aussi des « formules », combinant plusieurs huiles aux propriétés complémentaires pour traiter des affections précises.

Dans le domaine des huiles essentielles, il existe en fait deux écoles qu’on pourrait qualifier de scientifique et d’artisanale. La première insiste sur l’importance de la standardisation des produits pour assurer une thérapie efficace et précise. L’école artisanale soutient, pour sa part, que les légères variations de chémotypes sont d’importance toute relative, et préconise de privilégier les plantes indigènes quand c’est possible. Producteur québécois d’huiles essentielles, Mikaël Zayat affirme que « les plantes indigènes sont mieux adaptées pour combattre les microbes indigènes », et qu’elles risquent moins de provoquer des effets secondaires.

Aromathérapie, les applications thérapeutiques

On ne peut pas affirmer que l’aromathérapie, en soi, « fonctionne », pas plus que la phytothérapie, par exemple. Ce sont des approches qui dépendent du potentiel thérapeutique des ingrédients utilisés et de la justesse de l’application. Comme une plante ou une partie de plante, les huiles essentielles ont des propriétés que leur confèrent leurs composants biochimiques ; les HE auraient un potentiel élevé, vu la concentration de ces composants.

De très grandes prétentions

Les Français, chefs de file de l’aromathérapie scientifique contemporaine, ont identifié plus de 80 propriétés s’appliquant à l’une ou l’autre ou à plusieurs des quelques 40 huiles essentielles courantes – d’antalgique à vermifuge en passant par hypotenseur et stimulant gastrique. Il n’y a toutefois que peu ou pas de confirmations de ces effets par la voie des recherches cliniques ; la plupart des études ont été faites en laboratoire ou sur des animaux.
Le Dr Andrew Weil a publié le commentaire suivant sur son site Internet : « Je suis très intéressé aux applications médicales de l’aromathérapie, mais il est difficile d’obtenir une information digne de confiance aux États-Unis, où l’aromathérapie est si liée aux industries de la beauté et des spas. Je peux vous dire qu’il n’y a pas de preuves scientifiques pour soutenir les allégations des aromathérapeutes à l’effet que cette approche puisse soigner une si grande variété de maux, allant de l’arthrite à la cellulite et à l’impuissance. Il existe toutefois une intéressante tradition d’aromathérapie médicale en France où les huiles essentielles sont utilisées pour soigner des maladies aussi sévères que le diabète et l’épilepsie. »

Des données de recherche sur quelques affections

Infections

Les premières recherches sur les propriétés antiseptiques des HE datent de 1887. Des recherches récentes ont testé plusieurs HE sur une grande variété de souches différentes de bactéries. S’il est indéniable que plusieurs huiles sont efficaces à cet égard, elles ne le sont pas toutes également contre tous les agents infectieux (bactéries, virus, champignons microscopiques et parasites) ; une recherche mentionne toutefois que l’huile de thym serait un « excellent agent antimicrobien ». Outre leurs applications dans les maladies infectieuses, dont les infections cutanées, on étudie le potentiel des HE pour différents usages antimicrobiens, dont agent de conservation dans les mets préparés.

Relaxation

La majorité des articles sur les huiles essentielles publiés ces dernières années dans les revues médicales concernent leur usage en diffusion aérienne ou en massage pour favoriser la relaxation, un meilleur sommeil ou l’atténuation de la douleur chez les patients. Si les résultats sont encourageants, le Research Council for Complementary Medicine (Londres) menait, en 1997, une synthèse des recherches qu’il commentait ainsi : « Il est difficile de tirer des conclusions à partir d’expériences individuelles. Le manque de constance dans la documentation sur l’aromathérapie et le massage – comme les différentes propriétés attribuées à une même huile – démontre que les connaissances sur ces thérapies ne sont pas encore fiables. »

Pelade ou alopécie

Une recherche en double aveugle menée sur sept mois auprès de 86 personnes a révélé qu’un mélange d’huiles essentielles (thym, romarin, lavande et cèdre) était efficace pour réduire la perte de cheveux ou de poils dans 44 % des cas, tandis que le placebo ne l’était que dans 15 %.

Arthrite

Dans une fiche sur cette maladie qui figure dans le site de la clinique Mayo, on peut lire : « Les professionnels de la santé reconnaissent que les massages thérapeutiques peuvent aider à soulager la douleur. De plus amples recherches sont nécessaires pour déterminer si les huiles essentielles utilisées en aromathérapie donnent véritablement des résultats. »

Aromathérapie, les livres, les formations

Modes d’utilisation

Comme les huiles essentielles sont composées de molécules volatiles, elles pénètrent facilement les tissus humains, qu’on les ingère, les applique sur la peau ou les respire. Le choix de la voie d’absorption dépendra tant de l’effet visé que de la nature de l’huile, puisque certaines ne conviennent pas à un usage interne ou cutané.

Voie interne

Comme les HE sont irritantes pour les muqueuses, on les mélange généralement à du miel ou du yogourt (elles ne se diluent pas dans l’eau). On trouve aussi sur le marché des préparations (avec alcool), des oléocapsules (avec une base d’huile végétale) ainsi que des formules en capsules et en suppositoires.

Voie externe

L’huile se diffuse dans l’organisme à travers la peau ; on la mêle à une huile de massage ou à un onguent.

Voie aérienne

L’huile diffusée dans l’air est absorbée par les voies respiratoires; il existe plusieurs modes de diffusion.

  • La méthode passive (poterie poreuse) ne permet qu’une faible évaporation, sans que les particules puissent agir sur la qualité de l’air.
  • La chaleur (sur une chandelle ou une lampe) diffuse le parfum, mais risque de détruire les propriétés thérapeutiques des HE.
  • Les ventilateurs (dans les systèmes d’aération des maisons ou des autos) sont un très bon moyen, sauf s’ils sont munis d’un filtre qui risque de retenir une partie des particules.
  • Les diffuseurs électriques à soufflerie permettent une nébulisation des huiles et une diffusion dans un espace assez vaste; c’est la meilleure méthode pour un usage thérapeutique par voie aérienne.

Quelques exemples de diffuseurs d’huiles essentielles :

Comment l’approcher ?

Dans un premier temps, toute personne intéressée peut se familiariser avec cette thérapeutique par le biais de livres ou de conférences et adopter certaines pratiques simples et sans danger, comme les soins pour le rhume, l’assainissement de l’air dans la maison, le massage aux HE, etc.
L’aromathérapie n’est pas une approche jouissant d’un titre réservé et ses praticiens ne sont pas soumis aux règles de l’Office des professions. Plusieurs praticiens en approches complémentaires utilisent l’aromathérapie comme outil parmi d’autres, surtout les naturopathes.

Huiles essentielles

Rappelons que les véritables huiles essentielles 100 % naturelles sont des produits coûteux (davantage si elles sont certifiées biologiques), et que les prix varient selon la rareté de la plante ou la difficulté d’extraction. Pour 20 ml d’HE pure ou en formule : généralement entre 10 et 80 $CAN (6 et 50 euros), mais environ 200 $CAN (145 euros) pour l’HE de rose de Damas… Les huiles à massage sont moins chères au volume, parce qu’elles contiennent une base d’huile végétale.

Diffuseurs

Les diffuseurs électriques se détaillent entre 55 et 140 $CAN (35 et 90 euros).

Formation

L’aromathérapie est surtout enseignée dans les écoles de naturopathie puisqu’elle relève de cette pratique. Elle fait généralement partie des cours optionnels. On trouve aussi des professeurs qui offrent divers cours d’initiation.

Livres, etc.

– Baudoux Dominique. L’aromathérapie – Se soigner par les huiles essentielles, Atlantica, Collection Douce alternative, France, 2001.

– Dogna Michel. Huiles essentielles – Le répertoire de Michel Dogna, Guy Trédaniel, France, 1993.
Un livre simple et précis qui fait la synthèse des meilleurs spécialistes.

– Franchomme Pierre et Pénoel Daniel Dr. (Dir). L’aromathérapie exactement – Encyclopédie de l’utilisation thérapeutique des huiles essentielles, Éd. Roger Jolois, France, 2001.
Édition revue, corrigée et augmentée de la publication de 1989. Un ouvrage de référence incontournable, écrit par des scientifiques, qui s’adresse surtout aux professionnels.

– Lawless Julia. L’aromathérapie – Les huiles essentielles et la pratique du bien-être, Köneman, Allemagne, 1999.
Un de ces beaux grands livres abondamment illustrés et faits avec beaucoup de soin pour un public néophyte.

– Purchon Nerys. La bible de l’aromathérapie, Marabout, France, 2001.
De l’information sur les plantes, les affections, les soins quotidiens, des trucs pratiques : c’est l’aromathérapie toute la journée!

– Roulier Guy. Des huiles essentielles pour votre santé – Traité pratique d’aromathérapie : propriétés et indications thérapeutiques des essences de plantes, Éditions Dangles, France, 1990.
Abondamment illustré, regorgeant de conseils et formules, un livre de référence.

– Tisserand Robert et Balacs Tony. Essential Oil Safety, Churchill Livingstone, États-Unis, 1995.
Un remarquable ouvrage de référence à l’intention des personnes qui font un usage thérapeutique des huiles essentielles dans leur pratique professionnelle.

– Valnet Jean Dr. Aromathérapie, Vigot, France, 2001.
L’auteur est un clinicien averti et très réputé.

– Werner Monika. Les huiles essentielles – Réveil du corps et de l’esprit, Vigot, France, 2002.
Surtout pour l’ambiance, le soin de la peau et des cheveux. Simplement et joliment présenté.



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